Bien débuter au turf

Comment fonctionne le pari mutuel

Masse commune, prélèvement, partage entre gagnants : le pari mutuel expliqué simplement, avec un exemple chiffré et ses conséquences pour votre façon de jouer.

Publié le · 5 min de lecture · Par la rédaction de Turf.ovh

Guichets de paris d'un hippodrome avec des parieurs qui font la queue avant une course
Sommaire
  1. Le principe en une phrase
  2. Un exemple chiffré
  3. Pourquoi la cote change jusqu’au dernier moment
  4. Ce que prélève l’opérateur
  5. Les conséquences pour votre jeu
  6. Les paris en ligne changent-ils la règle ?
  7. Questions fréquentes

Un joueur de poker affronte les autres joueurs de la table. Un parieur sportif affronte un bookmaker qui fixe ses cotes. Le turfiste français, lui, affronte une foule : celle de tous les gens qui ont joué le même pari que lui sur la même course. Comprendre ce mécanisme change complètement la façon de choisir ses chevaux.

Le principe en une phrase

Toutes les mises d’un même pari sur une même course sont versées dans une masse commune. L’opérateur en retire une part, puis partage ce qui reste entre les gagnants, au prorata de leur mise.

Le système a été inventé en France au XIXe siècle par Joseph Oller, un entrepreneur qui cherchait une alternative aux bookmakers de l’époque, accusés de tous les maux. L’idée était élégante : personne ne parie contre le joueur, l’organisateur se contente de redistribuer. Plus d’un siècle et demi plus tard, c’est toujours ainsi que fonctionnent les paris hippiques en France.

Un exemple chiffré

Imaginons une course de dix chevaux, et uniquement le pari simple gagnant pour simplifier. Les joueurs ont misé au total 100 000 € sur cette course, répartis ainsi :

ChevalMises reçues
N°340 000 €
N°725 000 €
N°115 000 €
Les sept autres20 000 € au total

Supposons que l’opérateur prélève 15 % de la masse (le taux réel varie selon les paris, c’est un exemple). Il reste 85 000 € à redistribuer.

Si le n°3 gagne, les 85 000 € sont partagés entre ceux qui ont misé 40 000 € sur lui. Chaque euro joué rapporte 85 000 / 40 000 = 2,12 €. C’est le rapport pour 1 €, mise comprise.

Si c’est le n°1 qui l’emporte, les mêmes 85 000 € sont partagés entre seulement 15 000 € de mises. Le rapport monte à 5,66 € pour 1 €.

Et si un cheval qui n’avait reçu que 2 000 € de mises gagne, chaque euro rapporte 42,50 €.

Pourquoi la cote change jusqu’au dernier moment

Pendant les heures qui précèdent la course, les mises arrivent en continu. La cote affichée est simplement le rapport qu’on obtiendrait si les guichets fermaient à cet instant. Elle bouge donc tout le temps, et parfois beaucoup dans les dernières minutes, quand les joueurs qui attendaient de voir les chevaux au rond de présentation passent leurs ordres.

Le rapport définitif n’est calculé qu’après la clôture des paris et l’arrivée officielle. Un cheval affiché à 9 dix minutes avant le départ peut très bien payer 6,50 € pour 1 € une fois tout compté. Nous détaillons ce phénomène dans notre article sur la cote probable et le rapport définitif.

Ce que prélève l’opérateur

La part retenue sur chaque masse finance l’État (taxes), la filière des courses (allocations versées aux propriétaires, entretien des hippodromes, élevage) et le fonctionnement de l’opérateur. Le pourcentage dépend du type de pari : il est généralement plus faible sur les paris simples que sur les paris combinés comme le Quinté+, où une partie de la masse alimente aussi les bonus et les tirelires.

Ce prélèvement explique une vérité désagréable : en jouant au hasard, on perd mécaniquement de l’argent sur la durée, puisqu’on ne récupère en moyenne qu’une partie de ce qui a été misé. Pour être gagnant, il ne suffit pas d’avoir un peu plus raison que la moyenne. Il faut avoir suffisamment raison pour compenser ce prélèvement.

Les conséquences pour votre jeu

Le favori n’est pas forcément un bon pari

Un favori à 3 (c’est-à-dire qui rend 3 € pour 1 € misé) doit gagner plus d’une course sur trois pour être rentable. Si, d’après votre analyse, il n’a qu’une chance sur quatre, le jouer est une erreur, même s’il est le meilleur cheval de la course. C’est la notion de valeur, que nous expliquons dans notre article sur le value bet au turf.

Les foules ont des biais

Les parieurs occasionnels surjouent certains chevaux : ceux qui portent un nom amusant, ceux qui sont montés par un jockey très médiatisé, les numéros fétiches. À l’inverse, ils délaissent des chevaux qui reviennent d’une longue absence ou qui changent de discipline. Repérer ces biais, c’est trouver des rapports plus généreux que la vraie chance du cheval.

Les petites masses sont plus volatiles

Sur une course secondaire, quelques milliers d’euros de mises suffisent à faire bouger les cotes. Un gros parieur de dernière minute peut faire passer un cheval de 10 à 5. Sur un Quinté+ du dimanche, avec des millions d’euros en jeu, les cotes sont bien plus stables et généralement plus justes.

Les paris en ligne changent-ils la règle ?

Non, le principe reste le même. Les opérateurs en ligne agréés en France proposent eux aussi des paris hippiques en mode mutuel. Selon les opérateurs et les paris, leurs masses sont soit communes avec celles du réseau physique, soit séparées, ce qui peut produire des rapports légèrement différents d’un opérateur à l’autre pour la même course. C’est un point à vérifier si vous jouez sur plusieurs plateformes.

Questions fréquentes

Le pari mutuel est-il plus honnête que les cotes fixes ?

Il est surtout différent. Personne n’a intérêt à ce que vous perdiez, puisque l’opérateur prélève sa part quel que soit le résultat. En contrepartie, vous ne connaissez pas votre rapport exact au moment de jouer.

Peut-on perdre de l’argent en gagnant son pari ?

Oui, en théorie. Si un cheval est massivement joué et gagne, le rapport peut être très proche de la mise. Il existe un rapport minimum garanti sur certains paris, mais il reste faible. Jouer un grand favori en simple placé peut ainsi rapporter quelques centimes de bénéfice pour un euro misé.

Pourquoi les rapports diffèrent-ils entre deux opérateurs ?

Parce que leurs masses ne sont pas toujours communes. Les mises n’étant pas réparties de la même façon chez chacun, le partage final peut donner des montants légèrement différents.

Les conseils publiés ici visent à mieux comprendre les courses. Aucun pari n’est gagnant à coup sûr : misez uniquement ce que vous pouvez vous permettre de perdre.